l’Esprit du lieu

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De l’immobilité du voyage

publié le dimanche 9 octobre 2016, par Arnaud de la Cotte

Par Arnaud de la Cotte

« La suite ne fit que me conforter dans l’idée qui me vint d’en savoir plus. Il y avait les plates noires qui, comme me le montra une carte postale, utilisaient il n’y a pas si longtemps des voiles blanches. Il y a les quartz blancs qui ornent parfois les jardinets locaux et le charbon de la mine abandonnée près du lac. Il y a l’harmonieuse et solide organisation des matériaux imaginée par les architectes de l’abbatiale et ceux exploités dans les carrières. Il y avait tout ce qui me donnait envie de revenir. [1] » L’artiste tire du lieu les éléments qu’il va utiliser pour composer son œuvre. La matière qui lui permettra de répondre aux interrogations que lui renvoie le lieu. L’atelier de l’artiste est le lieu lui-même.

Lorsqu’il prépare une exposition, Paul-Armand Gette « canalise toutes ses observations sur un, voire plusieurs phénomènes ou sur un site précis en essayant de rassembler le plus d’éléments possibles, dans un laps de temps imparti, à partir des connaissances livresques acquises lors de ses recherches documentaires préalables. [2] »
Il définit sa démarche dans un texte publié à l’occasion de la résidence. « La rhyolithe, l’eau, la nymphe blanche, le quartz, l’abbatiale et j’en oublie semblent un peu en apparent désordre ; en réalité, ils trouvent une place comme les pièces d’un puzzle qui a l’avantage de ne pas conduire à l’obtention d’une seule image mais d’un grand nombre… [3] » Là encore, la proposition de l’artiste nous renvoie à la multiplicité des images du lieu lorsque aucune image ne peut représenter l’ensemble.

« L’œil du touriste, partial, superficiel, voire aveugle, est aussi capable de capter des impressions et, parfois, des vérités qui se refusent à une longue habitude. En réalité, ce paradoxe dit seulement que l’œil du touriste est, avant tout, un œil énigmatique.
 Que peut bien voir cet inconnu, le Nikon en bandoulière, avec sa chemise hawaïenne et son short, sous un ciel bleu, interpellé par un vendeur de souvenirs ? La question serait la même, devant ce même touriste, figé, à quelques mètres de la Joconde.
Que voit l’œil du touriste ? Que reste-t-il de ce qu’il voit ? Quelle mémoire fabrique-t-il et quelle mémoire avons-nous déjà fabriquée pour lui ? » [4]

Ces questions reviennent sans cesse, elles doivent être à mon sens le centre de notre réflexion qui établit son champ de recherche entre la géographie, l’art contemporain et le tourisme. Nous pouvons transposer la question : que peut voir le touriste à Grand-Lieu ? un paysage, des monuments, un espace « dit » naturel, un espace interdit qui engendre une frustration… N’y a-t-il pas autant de réponses que de visiteurs ? Nous rejoignons là le travail des artistes qui expérimentent de nouvelles images qu’ils soumettent au regard du public. Ces « nouvelles images » pourront dans le meilleur des cas faire évoluer la perception du lieu.


[1Paul-Armand Gette, « de l’immobilité du voyage », éditions joca seria, page 8.

[2Lydie Rekow-Fond, « la passion des limites », thèse de doctorat, esthétique science de l’art, Université Jean Monnet, Saint-Étienne, culture et civilisation, UFR art, lettres, communication – Département d’art plastique, 2006. Page 351

[3Idem, page 10.

[4La tour Eiffel n`a jamais été aussi belle artfacts.net consulté le 15 mai 2008.